Les métiers d'art et de l'artisanat français, un tour d'horizon
La France reconnaît officiellement 281 métiers d’art, répartis dans 198 professions et 83 spécialités, inscrits par un arrêté publié au Journal officiel le 31 janvier 2016. Ce texte a fixé pour la première fois une liste commune au ministère de la Culture et au secrétariat d’État chargé de l’artisanat, et il range ces professions en seize domaines : céramique, verre et cristal, bois, métal, bijouterie et orfèvrerie, textile et mode, cuir, luminaire, papier et graphisme, tabletterie, sculpture, jeux et jouets, restauration, facture instrumentale, spectacle et ameublement.
Le secteur pèse aujourd’hui autour de 120 000 entreprises artisanales et 8 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel, selon le baromètre de l’Institut Supérieur des Métiers. Huit entreprises sur dix y travaillent seules, sans salarié : l’atelier d’un créateur ressemble rarement à une manufacture.
La céramique, la famille la plus visible
Le tournage, l’émaillage et la cuisson forment le socle d’une famille qui va du grès utilitaire à la porcelaine fine. C’est la famille la plus représentée dans les ateliers ouverts au public, et celle que croise le plus souvent l’amateur en marché de créateurs : un bol tourné et une pièce moulée ne demandent ni le même geste ni le même temps, et la poterie et la céramique artisanale reste un point d’entrée pour comprendre ce qui distingue une pièce faite à la main d’une série industrielle. Le geste change tout.
Le verre et le cristal, du soufflage à la taille
Le verre et le cristal regroupent des gestes très différents selon qu’on souffle une pièce à chaud, qu’on la taille à froid ou qu’on la grave. La cristallerie française, autour de manufactures anciennes comme Baccarat ou Saint-Louis, cohabite avec des ateliers de souffleurs indépendants qui travaillent à plus petite échelle, souvent pour la décoration ou l’art de la table.
Le bois, entre menuiserie d’art et tournage
Le bois couvre la marqueterie, l’ébénisterie, le tournage et la sculpture. Un même arbre peut finir en meuble massif chez un ébéniste ou en petit objet tourné chez un artisan qui travaille en série courte, et c’est une des familles où l’écart entre pièce d’exposition et objet du quotidien se voit le plus, notamment dans l’art de la table artisanal, où céramique et bois se retrouvent sur les mêmes étals. Le prix suit ce même écart.
Le métal, de la bijouterie à la ferronnerie
L’orfèvrerie et la bijouterie travaillent l’or et l’argent au millimètre. La ferronnerie et la dinanderie visent des pièces plus massives, souvent destinées au bâtiment ou au mobilier. La bijouterie artisanale s’est développée en dehors des grandes maisons, portée par des créateurs qui vendent en direct : le choix des bijoux faits main dépend autant de la matière retenue, or, argent, laiton ou matériaux recyclés, que du style du créateur.
Le textile et la mode, la famille la plus vaste
Le textile et la mode forment le domaine qui compte le plus grand nombre de spécialités reconnues : tissage, broderie, maroquinerie, chapellerie, dentelle. Chaque technique a ses propres écoles, parfois une seule en France. C’est aussi la famille où l’écart entre fait main et fabrication délocalisée se prête le moins à l’à-peu-près, ce qui explique pourquoi reconnaître un vêtement ou un accessoire fait main de qualité demande de savoir lire une couture, une finition ou une matière plutôt qu’une étiquette.
Reconnaître et transmettre un savoir-faire
Deux dispositifs distinguent les artisans au sein de ces familles. Le label Entreprise du Patrimoine Vivant existe depuis 2005 et se demande auprès du préfet de région : il reconnaît une entreprise pour son savoir-faire rare et son ancrage dans un territoire, pour cinq ans renouvelables. Le titre de Maître d’art, créé en 1994 par le ministère de la Culture et attribué à vie, distingue une personne pour un savoir-faire rare qu’elle s’engage à transmettre à un apprenti pendant trois ans : depuis sa création, plus de 149 professionnels ont reçu ce titre dans une centaine de spécialités.
Chaque année début avril, les Journées européennes des métiers d’art ouvrent des ateliers au public dans toute la France, l’occasion la plus directe de voir ces gestes plutôt que de les lire. En dehors de cette période, les boutiques et concept-stores qui vendent de l’artisanat français et une sélection de créateurs à suivre restent deux façons de garder un lien avec ces ateliers, famille par famille.
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